Vendredi dernier, 4 mars 2011, Radio Ramdam nous a fait l'honneur de nous recevoir pour parler de la problématique de la jonction T.G.V.
Son patron, Philippe Henry (non pas le ministre, n'ayez crainte, simple homonymie), nous a accueilli, Jacques Viesvil et votre serviteur, dans son studio de Jumet. Jacques y a notamment présenté son nouveau livre : Le chemin de l'eau, Val de Sambre. Livre jouissif qui fleure le terroir. Délicatement émaillé des licences poétiques chères à Jacques, qui donnent au texte toute son intensité. ABM éditions, Paris.
Avec le professionnalisme qui caractérise Philippe Henry, les questions sur le tracé ferroviaire, fort pertinentes, ont fusé et l'entretien s'est déroulé pendant près d'une demi-heure.
Vous pouvez l'écouter grâce à l'enregistrement mis sur leur site.
- Historique d'un projet gargantuesque : 500.000.000€, soient 20 milliards de francs belges ou plus de 20.000 années de salaire d'un Wallon moyen.
- A qui profite une telle dépense ? Intérêts financiers, belges et étrangers ? Orgueil politique ?
- Que restera-t-il de ces travaux inutiles si le seul opérateur de l'aéroport vient à poser des ultimatums irréalistes et iniques comme ce fut le cas à Pau en France, qu'il a quitté la semaine dernière ?
- Pourquoi une ligne à 300 km/h pour joindre la gare de Gosselies à celle de Luttre (8 km !) ? La gare avait pour vocation première de servir un projet de Dorsale Wallonne permettant de relier l'Allemagne à la France, voire l'Angleterre. Mais il a été rangé dans les cartons !
- Ce serait une première européenne d'avoir une gare d'un coût si faramineux pour desservir un aéroport. Celle de Luttre ne pèserait plus bien lourd ...
- Les administrations communales concernées (Pont-à-Celles et Les Bons Villers) disposent d'un pouvoir à ne pas négliger, si elles en ont la volonté ! Mais les élections approchent.
- Sommes-nous prêt à accueillir 80 trains par jour et des T.G.V. fret ?
- Pourquoi pas une liaison de l'Aéropôle et de l'aéroport à la gare névralgique de Charleroi, par des bus électriques. Imaginez les économies réalisées et l'impact d'une telle mesure sur les opinions nationale et internationale. Nous n'avons, à ce jour, pas de gouvernement, mais serions en tête des projets novateurs.
- Les 300 hectares de friches industrielles de Carolorégie pourraient être dépollués et devenir fort utiles pour les zones industrielles.
- Thiméon a déjà son lot de nuisances : 2 autoroutes, deux lignes à très haute tension (sclérose en plaque).
- Cette bretelle ferroviaire va détruire les derniers vestiges d'un temple celte à Bon Dieu Gamache et la partie intacte, parce qu'enterrée, de la chaussée romaine sur Viesville.
- Mise en péril du caractère rural de nos entités. Les villageois, qu'ils soient natifs ou d'adoption, aiment leurs campagnes et la quiétude apaisante d'une nature encore préservée.
- L'auteur de l'étude d'incidence, Agora, avoue lui-même que le tracé retenu est le plus défavorable aux cultivateurs. Il concède aussi que la compensation des terres perdues sera très difficile à mettre en oeuvre.
- Il admet de plus que 5 agriculteurs risquent de disparaître parce que passant sous le seuil de rentabilité.
- Et nos villages seront un oiseau pour le chat : les terres dévaluées le long du chemin de fer seront beaucoup plus accessibles pour Igretec et autres bétonneurs de zones industrielles. Et ce sont des centaines d'hectares qui disparaîtront avec les dramatiques conséquences que nous pouvons imaginer.

Le train
J'en appelle à vos voix.
Gens de Robesse et de Wayaux
de Viesville et de Thiméon
de Luttre et de Liberchies,
j'en appelle à vos voix éparses
pour parler d'une même voix :
" Il faut sauver la terre d'ici
de l'indifférence et de l'abandon ".
La menace monte à l'horizon.
Elle n'a pas encore de nom.
Non, pas de nom.
Seulement un masque.
Le masque livide de l'angoisse.
Le masque noir de la colère.
La menace n'entend rien.
Elle court à la saignée meurtrière.
Elle court à la ruée des larmes.
Elle va son chemin
de rumeurs et de cris
de vacarmes et de peurs
devant le spectre des fermes éventrées.
Celui de la terre arrachée à la terre nourricière,
des quartiers laminés, des arbres arrachés,
des ruisseaux étouffés, comblés, effacés.
Si vous n'êtes pas de ce pays,
vous ne pouvez comprendre
le désarroi des hautes terres.
Pas plus que vous ne pouvez entendre
l'orage qui court sous le couvert.
C'est un pays de rus et de ruisselets
qui cherchent leur source sous le coteau.
C'est un pays de terre et d'eau
entre les berges du Tintia
et le lit du ruisseau des " Leus ".
C'est un pays à fleur de peau
de terre fertile, de ravines, de marais,
de bouquets d'arbres en rideaux serrés.
Tout un pays de tendresse tranquille.
Tout un pays pour oublier le mal des villes.
Gens de Robesse et de Wayaux
de Viesville et de Thiméon
de Luttre et de Liberchies,
J'en appelle à vos voix éparses
pour parler d'une même voix :
" Il faut sauver la terre d'ici
de la rage des bulldozers ".
" Les drapeaux noirs du désespoir
claquent au vent de la rancoeur ".
Epargnez-nous,
murmurent les champs agenouillés.
Epargnez-nous,
implorent les cités menacées.
Epargnez-nous,
supplient les mères et les enfants.
Epargnez-nous,
lancent les hommes aux poings serrés.
A quelle porte frapper pour conjurer l'inacceptable,
pour désarmer le désastre,
pour éloigner le massacre ?
Cette nuit, j'ai fait un rêve :
La menace s'est éloignée.
Rien n'a changé ici-bas.
La campagne lézarde au soleil.
Une fenêtre s'ouvre sur l'horizon.
Un rire monte du ruisseau.
Une biche saute par-dessus l'eau.
Un oiseau bleu traverse le ciel.
Le bonheur bat à tout rompre.
La vie a de nouveau des ailes.
Il faut croire en ses rêves les plus fous !
Il fait bon vivre en terre libre de Wallonie.
© Jacques VIESVIL
A/1/03968